Fédération Force Ouvrière des cheminots

Fret

DÉCLARATION À LA CPC FRET DU 7 NOVEMBRE 2007

Monsieur le Président, Les cheminots ont répondu présent le 18 octobre 2007 à l’appel de leurs organisations syndicales pour défendre leur régime de retraite mais aussi pour dénoncer la liquidation du Fret SNCF orchestrée maintenant depuis plusieurs années. Vous l’aurez compris, Monsieur le Président, c’est sur ce deuxième point que portera notre déclaration.

A travers la grève du 13 novembre 2007, cette fois-ci reconductible, les cheminots et cheminotes vous interpelleront une fois de plus pour que vous définissiez une autre politique du Fret synonyme de développement et non de déclin de l’activité. Quoique vous en pensiez, Force Ouvrière tient à rappeler que l’avenir du Fret ferroviaire SNCF passe par le Service Public ferroviaire républicain même dans un environnement concurrentiel. Nous pensons à juste titre, que seul le service public peut avoir une vision à long terme pour assurer le développement du mode ferroviaire.

L’histoire des chemins de fer en France comme en Europe nous montre le caractère essentiel de cette donnée.

Est-il encore besoin de rappeler que la nationalisation de 1938 fut autant une raison politique que financière devant l’impossibilité des entreprises privées de l’époque à financer le développement et la modernisation. Il y a donc en effet une formidable contradiction destructive à envisager la libéralisation des chemins de fer en Europe comme un moyen de développement pour peu qu’on s’attarde à relire l’histoire.

Pour Force Ouvrière, à travers la question du Fret ferroviaire SNCF, c’est celle du service public national qui est plus largement posé et à travers celui-ci la définition d’un modèle de société conciliant l’égalité des citoyens, des services publics étendus et efficaces et une juste redistribution des richesses produites par les salariés.

Sans pour autant dédouaner l’entreprise notamment à travers ses choix industriels hasardeux, il nous semble qu’il faut aussi déterminer les responsabilités de chacun et prendre vite les décisions qui s’imposent. Nous dénonçons par exemple l’impossibilité pour la SNCF de percevoir des subventions publiques, interdiction de la Commission Européenne, qui hypothèque fortement le service publique du Fret avec par voie de conséquence la fin de la péréquation entre trafics ferroviaires.

Sur le débat de l’environnement et de son Grenelle, nous espérons ne pas devoir dénoncer une nouvelle fois le cynique décalage entre les discours et les actes gouvernementaux et patronaux. Sans vouloir jouer aux apprentis écologistes, il nous semble qu’en matière de réduction de gaz à effet de serre (notamment CO2), il est urgent d’agir.

Et les mesures à prendre, tel le report modal du routier vers le mode ferroviaire, doit être supérieur au dogme de la « concurrence libre et non faussée » édicté par l’Union Européenne.

Comment allons-nous mettre en adéquation les promesses de notre Ministre de l’écologie qui assurait, il y a une quinzaine de jours que les camions effectuant de longs trajets seraient obligatoirement chassés des autoroutes françaises en 2010 ou 2011 dans le cadre justement de la mise en œuvre des mesures annoncées lors du Grenelle de l’Environnement.

C’est pour dans 3 ou 4 ans a-t-il surenchéri ! Il n’y aura plus un camion sur les autoroutes sur les longues distances. Cette mesure radicale serait selon lui possible grâce au développement du « ferroutage ».

Sur ce projet ambitieux, l’état a avancé le chiffre de 800 millions d’euros pour acheter des wagons.

Suite à ces annonces, nous aimerions avoir quelques commentaires de votre part.

Sur ces engagements forts, Fret ferroviaire SNCF jouera-t-il un rôle primordial, voire majeur ?

Est-ce que l’état prendra à sa charge ou subventionnera-t-il l’achat de ces futurs wagons puisque cette somme colossale a été dévoilée par la puissance publique et non que l’on sache à ce jour par la Direction de l’entreprise ? Nous aborderons maintenant votre nouvelle politique du fret accompagnée de son programme d’actions, selon vous « ambitieuses ».

Tout d’abord, nous aimerions croire que les trafics captés ainsi que la progression significative des tonnages transportés par Fret SNCF dernièrement soient dus à votre nouvelle stratégie mais hélas nous pensons que cela correspond ni plus, ni moins, qu’au rebond de l’activité Fret d’une façon générale et à une meilleure conjoncture économique visible dans tous les secteurs d’activités.

Comment croire à votre discours, alors qu’en matière de Fret, la Direction n’a cessé de se focaliser depuis plusieurs années sur une politique de baisse des coûts anéantissant notre appareil de production.

Alors qu’à l’horizon 2020, le transport de marchandises devrait croître de 40% selon plusieurs économistes, vous persistez à vouloir continuer dans une politique de marge tournant le dos définitivement au développement de l’activité.

Pour accentuer la réduction des coûts, (décidément une obsession de votre part, qu’on pourrait même presque qualifier d’incoercible), vous souhaitez faire un bond de productivité de 20 à 30% d’ici 2010 par encore et toujours des suppressions de personnel.

La disparition de plusieurs gares ouvertes aux wagons isolés et la suppression de plusieurs trains inter-triages comme indiquée dans les documents de cette CPC Fret ont de quoi désorienter les agents du fret mais aussi tous les cheminots d’une façon générale.

Votre débat sur les conditions d’emploi des cheminots au sein de la branche transport de marchandises comparant cette réforme à une révolution n’est pas non plus de nature à nous rassurer.

A travers celle-ci, vous voulez en effet revoir l’organisation du travail, les horaires de service, toucher au statut : en somme dé réglementer le travail.

Pour faire passer la pilule, vous annoncez même dans la presse (votre unique arme de communication) qu’il y aurait « des contreparties » à la souplesse demandée aux agents du Fret et tout cela selon vous au niveau de l’intérêt du métier et de la rémunération.

Les cheminots, tous collèges confondus, ont bien compris les menaces d’un tel projet.

Le statut, déjà mis à mal par plusieurs décisions de l’entreprise serait encore plus fragilisé avec la remise en cause du RH0077.

La suppression des taquets que vous voulez voire disparaître de notre réglementation sous prétexte qu’ils seraient un frein à la compétitivité sera synonyme de polyvalence, de souplesse comme vous l’écrivez vous-même dans les documents remis aux organisations syndicales. Pour notre organisation, ce sera également une remise en cause des règles sécuritaires imposées aujourd’hui pas notre réglementation en vigueur.

Il est évident pour Force Ouvrière, que la Direction de l’entreprise, sous couvert de rester concurrentielle, les imposera aux autres agents des autres activités ; l’ouverture à la concurrence du trafic voyageurs très prochainement et les renégociations des TER obligent.

Jérôme Grout jeudi 8 novembre 2007

Adresse du document : http://femmes.fo-cheminots.com/info-metiers/fret/159.html